Feuille n° 0171 Paroles, partition, histoire et enregistrements
Le p’tit Quinquin (français)
Quand Alexandre Desrousseaux écrit Le P’tit Quinquin en 1853, il ne compose pas seulement une berceuse ; il capte un moment de vérité du quotidien ouvrier à Lille. Ce texte, en patois…
Le p’tit Quinquin (français)
Dors mon p’tit Quiquin,
Mon p’tit poussin, mon gros raisin
Tu m’feras du chagrin,
Si tu n’dors point j’squ’à demain
Ainsi l’autre jour une pauvre dentelière,
En berçant son petit garçon,
Qui depuis trois quarts d’heures ne faisait que pleurer,
Tâchait de l’endormir avec une chanson,
Elle lui disait "mon narcisse,
Demain tu auras du pain d’épice,
Des bonbons à gogo, si tu es sage et si tu fais dodo."
Et si tu me laisses faire une bonne semaine
J’irai dégager ton beau sarrau
Ton pantalon de drap, ton gilet de laine
Comme un petit milord, tu seras faraud !
Je t’achèterai le jour de la ducasse (fête locale)
Un polichinelle cocasse
Un turlututu
Pour jouer l’air du Chapeau-pointu
Nous irons dans la cour, Jeannette-à-Vaques,
Voir les marionnettes comme tu riras
Quand tu entendras dire un sou pour Jacques,
Par le polichinelle qui parle mal
Tu lui mettras dans sa main,
Au lieu d’un sou un rond de carotte
Il te dira merci,
Pense comme nous aurons du plaisir !
Et si par hasard son maître se fâche,
C’est alors Narcisse que nous rirons
Sans en avoir envie, je prendrai mon air méchant,
Je lui dirai son nom et ses surnoms
Je lui dirai des fariboles,
Il m’en répondra des drôles
Enfin, chacun
Verra deux spectacles au lieu d’un
Alors serre tes yeux, dors mon bonhomme,
Je vais dire une prière au petit Jésus,
Pour qu’il vienne ici, pendant ton somme,
Te faire rêver que j’ai les mains pleines d’écus,
Pour qu’il t’apporte une brioche,
Avec du sirop qui coule
Tout le long de ton menton,
Tu te pourlécheras trois heures du long
Le mois qui vient, c’est la fête de St Nicolas,
C’est sûr au soir il viendra te trouver
Il te fera un sermon et te laissera mettre,
En dessous du ballot un grand panier
Il le remplira si tu es sage,
De choses qui te rendront heureux
Sinon son baudet
T’enverra un grand martinet
Ni les marionnettes, ni le pain d’épice,
N’ont produit d’effet ; mais le martinet
A vite calmé le petit Narcisse,
Qui craignait de voir arriver le baudet
Il a dit sa berceuse,
Sa mère l’a mis dans son berceau
A repris son coussin,
Et répété vingt fois le refrain
Version la plus répandue. Des variantes existent selon les régions et les époques.
Signaler une varianteVous l’avez chanté ?
Vos votes règlent la note et la difficulté affichées en haut de page.
Donner mon avisIl manque quelque chose ?
Une variante de votre région, une partition, une correction. Ou un chant qui n’est pas encore au répertoire.
Proposer une correction Proposer un chantD’où vient ce chant
Quand Alexandre Desrousseaux écrit Le P’tit Quinquin en 1853, il ne compose pas seulement une berceuse ; il capte un moment de vérité du quotidien ouvrier à Lille. Ce texte, en patois picard, met en scène une mère fatiguée qui tente de calmer son enfant pour ne pas réveiller les autres. Mais au fil des couplets, c’est tout un monde qui se dessine : un monde de privations, d’affection modeste, et d’une dignité qui ne se dit jamais tout haut.
Le chant connaît un succès fulgurant. Il circule vite dans les cours, les usines et les cafés-concerts. C’est que tout y parle aux gens du Nord : la langue qu’on n’entend pas dans les livres, la figure maternelle à la fois forte et résignée, et cette forme de tendresse rugueuse, sans apprêt. On l’appelle parfois la "Marseillaise lilloise", non pas par goût de l’hyperbole, mais parce qu’il a servi de repère identitaire à une population en quête de reconnaissance.
Le P’tit Quinquin n’a pas été composé pour les enfants sages ni pour les salons. Il appartient au peuple, à ceux qui chantent pour s’accrocher, pour bercer, pour se souvenir. Il témoigne de ce que peut la musique quand elle touche juste — avec des mots simples, dans une langue qu’on croit souvent mineure, mais qui dit l’essentiel.
Ce chant est dans 2 carnets
Territoires
Parcourez les sélections territoriales et leurs croisements : chants d’amour, enfance, Noël, foi, hymnes, bergers, ferias et montagne.
102 chants
Territoires
Nord et Flandres
Le P’tit Quinquin en deux fiches, des morutiers tournés vers l’Islande et les souhaits du Vivat : trois entrées contrastées…
33 chants