Le patou, ou chien de montagne des Pyrénées, est une race dont la présence aux côtés des bergers est attestée depuis le Moyen Âge. Utilisé pour protéger les troupeaux des attaques de prédateurs — ours, loups, vautours —, il fut progressivement abandonné au cours du XXe siècle à mesure que ces animaux disparaissaient des montagnes. La chanson d’Edmond Duplan retrace précisément ce cycle : l’oubli, puis le retour nécessaire.
La réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées françaises, initiée dès 1996 avec l’arrivée d’ours slovènes dans les Pyrénées centrales, a ravivé les tensions entre éleveurs et défenseurs de l’environnement. C’est dans ce contexte que des passionnés ont remis en avant le patou comme solution de protection non-létale des troupeaux. Le « hippie étranger au village » évoqué dans les paroles fait écho à ces acteurs extérieurs au monde agropastoral traditionnel qui ont contribué à relancer la pratique.
Le texte est géographiquement précis : il cite les estives, les espuguettes (abris de pierre sèche caractéristiques des Pyrénées) et le refuge Bayssellance, perché dans les Hautes-Pyrénées sur le massif du Vignemale, où des loups ont effectivement été signalés ces dernières années. Les labrits mentionnés à la troisième strophe désignent les chiens de berger pyrénéens à pelage ras, complémentaires du patou dans le travail quotidien de conduite du troupeau.
Au fil de ses couplets, « Les Patous » dresse un tableau de la biodiversité pyrénéenne — ours, loup, vautour, balbuzard, isard, lynx — qui situe le chant dans une réflexion plus large sur la coexistence entre l’élevage pastoral et la faune sauvage. Ce chant trouve un écho particulier dans les vallées des Hautes-Pyrénées et de l’Ariège, où la question du pastoralisme et des grands prédateurs reste un enjeu vivant.