La chanson paillarde est l’un des genres les plus anciens et les plus vivants du patrimoine chanté français. Héritière des fabliaux médiévaux et de la verve des clercs goliards, elle s’est épanouie au fil des siècles dans les casernes, les grandes écoles et les bivouacs, se transmettant quasi exclusivement par voie orale, loin de la censure des recueils imprimés.
« Le Troubadour » joue sur un contrepied délibéré : là où le troubadour médiéval chantait l’amour courtois et l’idéal féminin, son homonyme paillard parcourt le monde dans une parodie burlesque, renversant avec gouaille toutes les conventions du genre noble. Ce retournement ironique de la figure du poète-chanteur est un ressort comique récurrent dans le répertoire populaire français.
La structure du chant — une succession de couplets mettant en scène des souverains étrangers (la reine d’Angleterre, la reine d’Espagne, l’empereur de Chine, l’empereur de Siam) — est un procédé classique de la chanson paillarde française : en prêtant des aventures scabreuses aux puissants de ce monde, elle tourne en dérision l’autorité et les convenances. Ce type de satire par l’absurde est attesté dans le répertoire oral français au moins depuis le XVIIIe siècle.
Aucun auteur ni date de composition certifiée ne peut être attribué à « Le Troubadour ». Comme la plupart des chansons de ce corpus, il appartient au domaine de la création collective anonyme, retravaillée de régiment en régiment et de promotion en promotion au fil des générations.