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Paroles de

Le Renard et la Cigogne

Inviter quelqu’un à dîner ne suffit pas à bien le recevoir : encore faut-il lui permettre de manger. Le renard l’apprend à ses dépens dans cette fable de La Fontaine, où une…

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Compère le renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts.
Le galant, pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La cigogne au long bec n’en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
À quelque temps de là la cigogne le prie.
Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie.
À l’heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse ;
Loua très fort sa politesse ;
Trouva le dîner cuit à point.
Bon appétit surtout : renards n’en manquent point.

Il se réjouissait à l’odeur de la viande,
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.
On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure.
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris ;
Attendez-vous à la pareille.

À propos

Inviter quelqu’un à dîner ne suffit pas à bien le recevoir : encore faut-il lui permettre de manger. Le renard l’apprend à ses dépens dans cette fable de La Fontaine, où une assiette puis un vase font toute la différence. Le second repas répond au premier avec une précision cruelle, sans que la cigogne ait besoin d’un grand discours.

Histoire

Le Renard et la Cigogne est la dix-huitième fable du livre I, dans le premier recueil de La Fontaine publié en 1668. Le texte construit deux invitations en miroir : chaque hôte choisit un récipient adapté à sa propre bouche et impraticable pour son invité.

Tout le sel de la scène tient à l’écart entre les belles manières et les intentions. Le renard accepte avec empressement, complimente son hôtesse et se réjouit déjà du repas ; le vase le ramène brusquement à sa première tromperie. La morale s’adresse alors directement aux trompeurs : ce qu’ils infligent peut leur revenir.

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