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Paroles de

Le Loup et l’Agneau

La fable du "Loup et de l’Agneau" met en évidence une réalité cruelle et à portée universelle : le plus fort exerce son violent pouvoir sur le plus faible sans même avoir…

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La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l’Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau ; je tette encor ma mère
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
Je n’en ai point. C’est donc quelqu’un des tiens:
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge. »
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l’emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

À propos

La fable du "Loup et de l’Agneau" met en évidence une réalité cruelle et à portée universelle : le plus fort exerce son violent pouvoir sur le plus faible sans même avoir à se justifier.

L’issue est connue d’emblée. L’argumentation sincère et logique de l’Agneau est directement balayée par la mauvaise foi du Loup. Le plus fort triomphe toujours des plus faibles comme l’annonce la morale "la raison du plus fort est toujours la meilleure".

Jean de La Fontaine dénonce ainsi la misérable condition du faible en toute heure et en tous lieux.

La Fontaine est aujourd’hui le plus connu des poètes français du XVIIe siècle, et il fut en son temps, sinon le plus admiré, du moins le plus lu, notamment grâce à ses Contes et à ses Fables.

Styliste éblouissant, il a porté la fable, un genre avant lui mineur, à un degré d’accomplissement qui reste indépassable.

Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur les rapports de pouvoir et la nature humaine, sans oublier de plaire pour instruire.

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