Du palais d’un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S’empara ; c’est une rusée.
Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates un jour
Qu’il était allé faire à l’Aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.
Après qu’il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l’animal chassé du paternel logis :
O là, Madame la Belette,
Que l’on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays.
La Dame au nez pointu répondit que la terre
Était au premier occupant.
C’était un beau sujet de guerre
Qu’un logis où lui-même il n’entrait qu’en rampant.
Et quand ce serait un Royaume
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l’octroi
A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi.
Jean Lapin allégua la coutume et l’usage.
Ce sont, dit-il, leurs lois qui m’ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
L’ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
– Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l’agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L’un et l’autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu’à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu’ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux Rois.

Hymne à la Joie
L’auteur/compositeur de "Hymne à la Joie" est Ludwig Van Beethoven (Symphonie nº 9)
Ce texte, en français, est celui que l’on trouve le plus souvent.
On le doit à Joseph Folliet.
C’est la version qui a été choisie pour la version française de l’hymne européen.
Le 5 mai 1972, le nouvel hymne européen est diffusé sur 50 radios accompagné d’un message en 13 langues différentes. C’est l’Ode à la joie de Beethoven, tirée du final de sa 9e symphonie.
Quand Beethoven termine sa 9e symphonie en 1824, il a 54 ans et meurt trois ans plus tard. Mais ce n’est pas vraiment son chant du cygne : des esquisses de cette symphonie ont été retrouvées dans des brouillons datant de 1811. Quant à l’Ode à la Joie, de Schiller, on sait que dès ses 23 ans, en 1793, Beethoven veut le mettre en musique et l’inclure dans une grande œuvre symphonique. Il se tourne vers la forme de l’hymne patriotique.
Pour composer son hymne, il reprend les codes qui sont disponibles à son époque, à savoir le caractère solennel de l’hymne anglais God Save the King, qui prend le temps de poser chacun des mots, chacune des notes. Et pour la mélodie, qui monte et descend comme une arche, son inspiration puise dans la Marseillaise.
Il y a tout pour faire un hymne dans la mélodie de l’Ode à la Joie : une mélodie simple, d’apparence populaire, facile à chanter, et un rythme qui facilite l’application des paroles avec un tempo proche de la marche militaire. Enlevez les paroles, et vous avez une musique qui tient glorieusement debout.
Cet hymne connaît un succès considérable et est utilisé par tous les mouvements politiques. En juillet 1971, le Conseil de l’Europe adopte l’Ode à la joie comme nouvel hymne européen. La réalisation musicale est alors confiée au chef d’orchestre Herbert von Karajan.












