La chanson appartient à la famille des chansons formulaires, également appelées « chansons à tiroirs » : chaque couplet reproduit le même cadre narratif en substituant un seul élément — le lait, le sel, l’eau, le pain, puis la bière — tandis que le refrain invariant célèbre la résolution du protagoniste. Ce procédé, profondément ancré dans la tradition orale française, permettait à la fois de divertir et d’exercer la mémoire du jeune auditoire.
Le personnage du bossu, figure récurrente de la chanson populaire et du conte français, est ici traité avec bienveillance : loin d’être tourné en dérision, il incarne la ténacité face aux obstacles du quotidien, une qualité volontiers mise en valeur dans les répertoires pédagogiques et scouts du XXe siècle.
La présence du mot frigidaire dans le dernier couplet — terme de marque devenu nom commun en français au tournant des années 1950-1960, lorsque les réfrigérateurs se généralisent dans les foyers — fournit un indice de datation ou d’adaptation tardive. Elle témoigne du caractère vivant de ce répertoire : les chansons à structure fixe accueillent volontiers de nouveaux couplets au fil des générations.
Aujourd’hui, « Le Petit Bossu » reste présent dans les classes de maternelle, les veillées scoutes et les ateliers d’animation, précisément parce que sa mécanique répétitive facilite l’apprentissage par cœur et invite à l’improvisation de nouveaux couplets.