« Un joen pastor quitava » appartient au répertoire des chansons pastorales en langue gasconne, variété d’occitan parlée en Gascogne, dans les Landes et le Béarn. Anonyme et transmise oralement, elle illustre l’un des motifs les plus constants de la poésie populaire du Sud-Ouest : le berger amoureux contraint de quitter sa bergère pour rejoindre la ville. La référence à Bordeaux — « Bordèu » dans le texte — ancre le chant dans la géographie vivante du piémont pyrénéen et de la grande plaine landaise.
La Gascogne a produit l’une des traditions pastorales les plus abondantes de France. Au XIXe siècle, le folkloriste Jean-François Bladé (1827-1900) en a recueilli des centaines d’exemples dans ses Poésies populaires de la Gascogne (3 volumes, 1881-1882), révélant un corpus où alternent plainte amoureuse, départ forcé et fidélité mise à l’épreuve. « Un joen pastor quitava » s’inscrit pleinement dans cette tradition, reprenant la structure en strophes d’adieux successifs — à la cabane, à la bergère, aux brebis, au rossignol — qui en fait un véritable chant de séparation.
La construction poétique du texte mérite attention : le rossignol (rossinhou) y est convoqué comme témoin de la tendresse du berger, topos hérité de la lyrique occitane médiévale. La fin, amère, révèle qu’Anneta — la bergère aimée — changera bientôt d’amour, « va léu cambiar d’amor », conférant au chant une teinte tragique rare dans le genre pastoral, souvent idyllique.
Aujourd’hui, ce chant fait partie du répertoire vivant des cercles occitans et gascons du Sud-Ouest, interprété lors de veillées, de festivals de langue d’oc et par les chorales régionales attachées à la préservation du patrimoine vocal gascon.