Paroles de

Les patous

Paroles de

Les patous

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1. Les chiens patous, bergers des Pyrénées
Veillent â nouveau sur les troupeaux,
Comme autrefois quand Yannouk, mon Pépé,
Dans son burguet vivait là-haut,
Sur les estives, au plat des espuguettes
Où l’ours, ces dernières saisons,
Avait tué impunément les bêtes,
Délaissées comme à l’abandon.

Quand le patou n’est plus là
On dit que la nuit,
L’ours qui danse, danse, danse.
Quand le patou reviendra
On sait que la nuit,
L’ours aura bien vide la panse.

2. Quand un hippie étranger au village,
Reprenant l’idée des anciens,
Tenta le coup, il fallait du courage,
Même accompagné de ses chiens.
Et maintenant, de juin à septembre,
Les éleveurs de la vallée
Lui confient leurs troupeaux car il leur semble
Qu’enfin l’ours est dissuadé.

3. Choyer ses chien puis soigner ses brebis,
Et l’agnelage à surveiller,
Cueillir, rêver, lire le ciel la nuit,
Le temps est court pour le berger.
Tout le jour, ce sont les petits labrits,
Mouches du coche, qui surveillent.
C’est au patou, lorsque tombe la nuit,
D’être alors en état de veille.

4. Les chiens patous bergers des Pyrénées
Vont redoubler de vigilance
Car on a vu un loup, l’hiver dernier,
Vers le refuge Bayssellance.
D’autres ont pu voir des vautours affamés
Fondre sur un troupeau de vaches.
Allez patous, c’est à vous de jouer !
Rude et utile est votre tâche.

5. Pauvre Martin, l’estomac te titille,
Le taquinait un balbuzard,
Cesse ta cure de raisins et de myrtilles
Et rabats-toi sur les isards.
Sinon, va faire un tour jusqu’en Espagne :
Un lynx m’a dit que l’Aragon
Était vraiment un pays de cocagne,
Tout plein de ruches et de moutons.  

À propos

« Les Patous » d’Edmond Duplan rend hommage aux grands chiens de montagne des Pyrénées, gardiens ancestraux des troupeaux face aux prédateurs. Ce chant pastoral ancre son récit dans les estives pyrénéennes et dans le débat contemporain sur la réintroduction de l’ours. Il célèbre à la fois la mémoire des bergers et la renaissance d’une pratique séculaire.

Histoire

Le patou, ou chien de montagne des Pyrénées, est une race dont la présence aux côtés des bergers est attestée depuis le Moyen Âge. Utilisé pour protéger les troupeaux des attaques de prédateurs — ours, loups, vautours —, il fut progressivement abandonné au cours du XXe siècle à mesure que ces animaux disparaissaient des montagnes. La chanson d’Edmond Duplan retrace précisément ce cycle : l’oubli, puis le retour nécessaire.

La réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées françaises, initiée dès 1996 avec l’arrivée d’ours slovènes dans les Pyrénées centrales, a ravivé les tensions entre éleveurs et défenseurs de l’environnement. C’est dans ce contexte que des passionnés ont remis en avant le patou comme solution de protection non-létale des troupeaux. Le « hippie étranger au village » évoqué dans les paroles fait écho à ces acteurs extérieurs au monde agropastoral traditionnel qui ont contribué à relancer la pratique.

Le texte est géographiquement précis : il cite les estives, les espuguettes (abris de pierre sèche caractéristiques des Pyrénées) et le refuge Bayssellance, perché dans les Hautes-Pyrénées sur le massif du Vignemale, où des loups ont effectivement été signalés ces dernières années. Les labrits mentionnés à la troisième strophe désignent les chiens de berger pyrénéens à pelage ras, complémentaires du patou dans le travail quotidien de conduite du troupeau.

Au fil de ses couplets, « Les Patous » dresse un tableau de la biodiversité pyrénéenne — ours, loup, vautour, balbuzard, isard, lynx — qui situe le chant dans une réflexion plus large sur la coexistence entre l’élevage pastoral et la faune sauvage. Ce chant trouve un écho particulier dans les vallées des Hautes-Pyrénées et de l’Ariège, où la question du pastoralisme et des grands prédateurs reste un enjeu vivant.

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