1 – Dans ces temps-là, les nuits, on s’assemblait dans l’ombre,
Indignés, secouant le joug sinistre et noir
De l’homme de Décembre, et l’on frissonnait, sombre,
Comme la bête à l’abattoir.
2 – L’Empire s’achevait. Il tuait à son aise,
Dans son antre où le seuil avait l’odeur du sang.
Il régnait, mais dans l’air soufflait La Marseillaise.
Rouge était le soleil levant.
3 – Il arrivait souvent qu’un effluve bardique,
Nous enveloppant tous, faisait vibrer nos cœurs.
A celui qui chantait le recueil héroïque,
Parfois on a jeté des fleurs.
4 – De ces rouges œillets que, pour nous reconnaître,
Avait chacun de nous, renaissez, rouges fleurs.
D’autres vous reprendront aux temps qui vont paraître,
Et ceux-là seront les vainqueurs.
5 – Si j’allais au noir cimetière,
Frères, jetez sur votre sœur,
Comme une espérance dernière,
De rouges œillets tout en fleur.
6 – Dans les derniers temps de l’Empire,
Lorsque le peuple s’éveillait,
Rouge œillet, ce fut ton sourire
Qui nous dit que tout renaissait.
7 – Aujourd’hui va fleurir dans l’ombre
Des noires et tristes prisons.
Va fleurir près du captif sombre,
Et dis-lui bien que nous l’aimons.
8 – Dis-lui que par le temps rapide
Tout appartient à l’avenir ;
Que le vainqueur au front livide
Plus que le vaincu peut mourir.










