1. À la Duché de Normandie
Il y a si grand pillerie
Que l’on y peult avoir foyson.
Dieu doint qu’elle soit apaisie
Ou il fauldra que l’on s’enfuye
Et laisser chacun sa maison.
Quand à moy je n’y seray plus
Car il n’y a point d’aisement
Pour la doubte des court vestus
Qui nous viennent voir trop souvent.
2. Ilz viennent par grand ruderie
Demander ce que n’avons mye*
Et nous donnent mainct horion.
Encor fault-il que l’on leur die:
« Mes bons seigneurs, je vous en prie,
Prenez tout ce que nous avon. »
Je leur donnasse volluntiers
Se je pensoye avoir de quoy.
Maiz, sur ma foy, tous mes deniers
Et tout mon bien est hors de moy.
3. Je ne puys faire courtoysie
Car povreté me contrarie
Et me tient en subjection.
Je n’ay plus amy ne amye,
En France ne en Normandie,
Qui me donnast ung porion**.
Dieu vueille mectre bonne paix
Par toute la crestienté,
Mais que ce soit à tout jamaiz
Si*** vivrons tous en loyauté.
4. Se crestienté fust unye,
Nous menassions joyeuse vye
Et mectrions tristesse em prison
Ceux par qui c’est****, Dieu lez mauldie,
Et aussi la Vierge Marie,
Sans avoir jamais guerison.
* « Demander ce que nous n’avons pas »
** « Qui me donnerait un poireau ».
*** Le « si » est probablement une emphase ici (« oh oui, nous vivrons tous en loyauté ») plutôt qu’une condition, car le si conditionnel est écrit « se ».
**** « Ceux par qui cette situation est arrivée ».













