« A l’âge de quinze ans » est une chanson de tradition orale anonyme dont les paroles permettent de la dater approximativement des années 1860. La référence finale au maréchal Patrice de Mac Mahon — élevé à la dignité de maréchal de France après la bataille de Magenta en juin 1859 — constitue un repère chronologique précieux : le texte l’évoque comme un personnage influent capable d’accorder une permission militaire, situation qui correspond à la période de son commandement sous le Second Empire.
Le chant appartient à la famille des pastorales dialoguées, genre très répandu dans la chanson populaire française du XIXe siècle. La bergère y incarne la fidélité amoureuse face à la tentation représentée par le chasseur du roi, figure du pouvoir et de la noblesse. La formule récurrente « au son de la musette le fera danser » souligne l’ancrage rural et festif de ce type de répertoire.
La désignation de l’héroïne comme « fille d’Italie » mérite attention : elle peut renvoyer à un trait romanesque — l’Italie étant associée dans l’imaginaire français du XIXe siècle à la passion et à la beauté — mais aussi, plus concrètement, aux campagnes d’Italie de 1859 conduites sous Napoléon III, dans lesquelles Mac Mahon s’illustra précisément à Magenta. Ce double registre, sentimental et militaire, est caractéristique des chansons populaires de la période.
Transmise par voie orale, cette chanson illustre comment des figures historiques réelles — ici Mac Mahon — pouvaient être intégrées naturellement dans le répertoire populaire, servant de garant symbolique à la résolution d’un conflit amoureux. Elle témoigne du brassage entre chronique militaire et tradition pastorale dans la chanson française du Second Empire.