Les couplets des carabiniers sont issus de l’opéra-bouffe Les Brigands de Jacques Offenbach, créé le 10 décembre 1869 au Théâtre des Variétés à Paris. Le livret, signé par Henri Meilhac et Ludovic Halévy — les collaborateurs habituels d’Offenbach —, met en scène une troupe de brigands italiens et les carabiniers chargés de les neutraliser. Ces derniers incarnent un ressort comique immuable : quelle que soit l’urgence, ils arrivent invariablement trop tard.
Dans l’œuvre, les carabiniers forment un chœur burlesque qui surgit à chaque moment décisif, mais toujours après que le danger est passé. Offenbach habille ce décalage d’une musique délibérément martiale et solennelle, dont le sérieux apparent contraste avec l’inutilité totale de la troupe. Ce procédé — la forme pompeuse au service de l’absurde — est la marque de fabrique de la satire offenbachienne, à son apogée sous le Second Empire.
L’impact des couplets dépassa rapidement la scène lyrique. L’expression « arriver comme les carabiniers » s’imposa dans le parler courant pour désigner toute personne ou institution intervenant systématiquement trop tard. Cette postérité linguistique, toujours en usage en français contemporain, témoigne du retentissement immédiat qu’eut Les Brigands sur le public parisien.
Séparés de leur contexte d’origine, les couplets ont connu une longue vie dans les répertoires populaires, scouts et de plein air. La structure répétitive du refrain et l’humour universel du propos en ont fait un chant de groupe facilement mémorisable, transmis oralement avec des variantes de couplets au fil des générations.