C’est demain jeudi appartient au vaste corpus des comptines françaises transmises oralement de génération en génération. Sans auteur identifié, elle relève de la création collective anonyme, caractéristique de la tradition enfantine populaire. Son schéma rimé en -is (mari, écurie, radis, souris, paradis) facilite la mémorisation et l’a maintenue vivante dans les cours d’école à travers les siècles.
Le cœur de la chanson repose sur une référence culturelle précise : le jeudi comme jour de fête des enfants. En France, jusqu’à la réforme scolaire de 1972, le jeudi était le jour de congé hebdomadaire des écoliers — le mercredi l’a remplacé à partir de cette date. Annoncer « c’est demain jeudi » signifiait donc « demain, jour de liberté », ce qui confère à la comptine une saveur festive et impatiente immédiatement comprise de son jeune public.
Le texte met en scène un mari cocasse qui balaie son écurie avec une botte de radis — image délibérément absurde et burlesque — avant de découvrir une souris et de l’envoyer au paradis. Ce type de narration loufoque est typique des comptines françaises : la logique y est subvertie au profit du plaisir phonique et du rire, non pour raconter une histoire cohérente. L’enchaînement rapide des rimes crée un effet d’accélération que les enfants reproduisent volontiers à voix haute.
La chanson a circulé sous plusieurs formes légèrement différentes selon les régions et les générations, d’où l’existence d’une version dite « (2) » dans les recueils de patrimoine enfantin. Ces variantes témoignent de la plasticité propre aux œuvres orales, où chaque interprète peut adapter une syllabe ou une image sans trahir l’esprit du texte.