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Paroles de

Le Chêne et le Roseau

Le chêne a la taille et l’assurance pour lui ; le roseau n’a que sa souplesse. La Fontaine laisse les deux voisins discuter, puis fait entrer le vent : c’est lui qui…

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Le chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet d’accuser la nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête ;
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrais de l’orage :
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci :
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables ;
Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’arbre tient bon ; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

À propos

Le chêne a la taille et l’assurance pour lui ; le roseau n’a que sa souplesse. La Fontaine laisse les deux voisins discuter, puis fait entrer le vent : c’est lui qui tranche. À la lecture, le contraste entre la longue tirade protectrice du chêne et la réponse tranquille du roseau prépare toute la force de la chute.

Histoire

Cette fable de Jean de La Fontaine clôt le premier livre du recueil publié en 1668. Sa leçon passe par une scène très concrète : l’arbre qui promettait un abri finit déraciné, tandis que la plante apparemment fragile résiste en cédant. Le roseau ne cherche pas à devenir un autre chêne ; il connaît sa propre manière de tenir.

La fin élargit brusquement le paysage : la cime touche presque le ciel et les racines descendent vers le monde des morts. Cette grandeur rend la chute d’autant plus saisissante. Pour la dire à voix haute, on peut laisser le dialogue respirer avant d’accélérer l’arrivée de la tempête.

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