Paroles de

Il était une dame Tartine

Écouter sur :

1 – Il était une dame Tartine
Dans un beau palais de beurre frais.
La muraille était de praline,
Le parquet était de croquets,
La chambre à coucher
De crème de lait,
Le lit de biscuit,
Les rideaux d’anis.

2 – Quand ell’ s’en allait à la ville,
Elle avait un petit bonnet,
Les rubans étaient de pastilles,
Et le fond de bon raisiné ;
Sa petit’ carriole
Était d’croquignoles,
Ses petits chevaux
Étaient d’pâtés chauds.

3 – Elle épousa Monsieur Gimblette
Coiffé d’un beau fromage blanc.
Son chapeau était de galette,
Son habit était de vol-au-vent.
Culotte en nougat,
Gilet de chocolat,
Bas de caramel,
Et souliers de miel.

4 – Leur fille, la belle Charlotte,
Avait un nez de massepain,
De superbes dents de compote,
Des oreilles de craquelin.
Je la vois garnir
Sa robe de plaisirs
Avec un rouleau
De pâte d’abricots.

5 – Le joli prince Limonade,
Bien frisé, vint faire sa cour,
Cheveux garnis de marmelade
Et de pommes cuites au four ;
Son royal bandeau
De petits gâteaux
Et de raisins secs
Portait au respect.

6 – On frémit en voyant sa garde
De câpres et de cornichons ;
Armés de fusils de moutarde
Et de sabr’ en pelur’ d’oignons.
Pralin’s et fondants
S’avancent en rangs,
Et les petits fours
Battent du tambour.

7 – Sur un grand trône de brioches
Charlotte et le roi vont s’asseoir,
Les bonbons sortent de leurs poches
Depuis le matin jusqu’au soir ;
Les petits enfants,
Avant tout gourmands,
Se montrent ravis
D’être ainsi servis.

8 – Mais hélas ! La fée Carabosse,
Jalouse et de mauvaise humeur,
Renversa d´un coup de sa brosse
Le palais sucré du bonheur.
Pour le rebâtir,
Donnez à loisir,
Donnez, bons parents,
Du sucre aux enfants.

À propos

Texte établi par Jean-Baptiste Weckerlin, Garnier, 1870 (p. 22-23).

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Compère Guilleri

Cet air de comptine d’enfants, repris par les Quatre barbus en 1958, cache en réalité une bien sombre histoire.

Derrière cette mignonne chanson, triste est la réalité.

Les générations d’écoliers qui l’ont chantée imitant à la perfection le merle moqueur, n’imaginaient sans doute pas, une seule seconde que leur gentil chasseur de perdrix était un bandit de grands chemins.

Guilleri, tel était son nom, secoua la Saintonge au tout début du XVIIème siècle.

Il était de Basse-Bretagne et né en 1582. Il se fit remarquer dès qu’il fut sorti des classes de Rennes par ses expéditions de brigandage, parfois ponctuées de meurtre.

Il est possible qu’aujourd’hui encore des vieilles en habit noir seraient encore en mesure de raconter l’histoire de cette pauvre sœur de laquelle il ôta la tête afin que, serrée dans un sac, elle fut jetée dans la Loire.

En 1600, il est engagé, lors de la guerre du duc de Savoie, par Henri IV, qui lui confia même le commandement d’une compagnie.

Mais la guerre finit trop vite à son gré pour ce guerrier de la plus haute espèce. Aussi, à l’heure de se séparer de ses soldats, il invite les plus téméraires d’entre eux à le suivre. Ils allaient, sous ses ordres, former une bande qui gagnerait sa vie aux dépens des voyageurs.

Ils furent bientôt une quarantaine et Guilleri les conduisit en Saintonge, dans le bois de la Châtaigneraie. Le personnage que joue, à partir de ce moment, ce gentilhomme breton qui avait à peine atteint sa majorité, est une sorte de Till l’Espiègle, avec l’esprit chevaleresque et beaucoup d’humour.

Il dévalisait les voyageurs ordinaires, jouait plus de farces qu’il ne faisait de crimes. Et il déroutait si souvent les policiers lancés à ses trousses que sa légende se forgera très vite, allant de régionale, à Paris, puis tout le royaume. Mais la fortune l’abandonna. Après un chaude alerte où quatre de ses complices furent condamnés au supplice de la roue et exécutés à Saintes, il partagea le butin et dispersa la bande.

Puis, le vêtu en gentilhomme, il s’engagea lui-même sur le chemin de la vie et se maria. Il vécut tranquillement jusqu’au jour où, reconnu par l’une de ses victimes, il tomba entre les mains de ces prévôts qu’il avait si souvent ridiculisés.

Guilleri fut exécuté à La Rochelle, le 25 Novembre 1608.

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