« Dans les prisons de Nantes » appartient à la famille des chansons de captif, un genre narratif présent dans toute l’Europe depuis le Moyen Âge : un prisonnier condamné à mort doit son salut à une figure féminine, ici la fille du geôlier. Si le schéma est universel, la version française ancre résolument le récit dans la géographie de la Loire, faisant du fleuve une frontière symbolique entre captivité et liberté retrouvée.
Transmise par voie orale, la chanson ne possède pas d’auteur connu. Son refrain en syllabes nonsensiques — « Lang dililang landi landi landilililang » — est typique du répertoire oral populaire : ces formules facilitaient la mémorisation et invitaient au chant collectif avant même que l’auditoire ne connût l’ensemble des couplets. Plusieurs variantes coexistent, notamment sur le sort ultime du prisonnier dans les derniers vers.
Le XIXe siècle marque le tournant de la collecte systématique. Le mouvement romantique encourage folkloristes et érudits à consigner les chants populaires menacés de disparition, et « Dans les prisons de Nantes » figure parmi les pièces relevées dans les compilations régionales et nationales de cette période. Elle est alors associée au patrimoine oral des pays de la Loire et du bocage environnant.
Au XXe siècle, le renouveau du chant traditionnel des années 1960-1970 lui offre une nouvelle audience. Des chanteurs et groupes de tradition orale la réintroduisent sur scène, contribuant à stabiliser la mélodie et les paroles en treize couplets. Elle reste aujourd’hui chantée dans les cercles de chant traditionnel, les mouvements de jeunesse et les chorales attachées au répertoire populaire français.