1. Quand j’étais petit, mon vieux grand-père
Allait seulement en omnibus
Et mettait au moins trois heur’s entièr’s
Pour fair’ le parcours Auteuil-Picpus !
Il disait, l’air ironique :
« On prétend qu’un jour on f’ra
Des voitures mécaniques,
Sans chevaux, ça fonctionn’ra !
Mais jamais on n’verra ça,
Non ! jamais ça n’marchera ».
A présent,
Y a des automobiles ;
Dans les rues, ça va, ça vient, ça file.
Ah ! si grand-père y voyait ça !
Tra-la-la,
Ah ! si grand-père y voyait ça !
Tra-la-la,
Il pens’rait,
Il dirait :
« Adieu ! ma belle capitale,
On m’a changé mon vieux Paris !
Mon Dieu ! quelle ville infernale !
Maint’nant Paris n’est plus Paris ! ».
2. Jadis pour plaire à sa chèr’ brunette,
On allait au bal le coeur ravi,
On l’emm’nait ensuit’ fair’ la dinette
À six francs par têt’, café compris,
On offrait à sa conquête
Un’ petit’ bague en argent
Avec un bouquet d’violettes
Ou, encore, un’ paire de gants.
En c’temps-là, les amoureux,
Pour pas cher, étaient heureux !
A présent, les femm’s sont difficiles,
Il leur faut des tas de billets d’mille !
Ah ! si grand-père y voyait ça !
Tra-la-la,
Ah ! si grand-père y voyait ça !
Tra-la-la,
Il pens’rait,
Il dirait :
« Adieu ! beau temps de la bohême,
On m’a changé mon vieux Paris !
On n’est plus aimé pour soi-même…
Maint’nant Paris n’est plus Paris ».
3. Le long des boul’vards, au temps d’grand’père
On se baladait bras d’ssus, bras d’ssous,
On ne parlait pas toujours d’affaires,
Et les étudiants faisaient les fous.
On n’avait pas l’sens unique,
Les signaux, l’agent à ch’val
Au milieu d’la voie publique
On pouvait lir’ son journal.
A sa guise on s’en allait,
On passait où l’on voulait…
A présent, il faut que l’on défile
Sur les clous, ou gare au sergent d’ville !
Ah ! si grand-père y voyait ça !
Tra-la-la,
Ah ! si grand-père y voyait ça !
Tra-la-la,
Il pens’rait,
Il dirait :
« Adieu ! boul’vard de ma jeunesse,
On m’a changé mon vieux Paris
Avec leurs clous et leur vitesse,
Maint’nant Paris n’est plus Paris ! ».











