Les paroles de « Xuxuri baten gainean » dressent, en euskara, un contraste saisissant entre l’oiseau qui chante librement et la réalité humaine : la faim qui ravage six personnes sur dix, et des hommes de bien jetés en prison. Le refrain, scandé comme un engagement, répond à cette ignorance heureuse par une affirmation de conscience collective : « Bainan guk badakigu / Ta hori aski zauku » — « Mais nous, nous le savons, et cela nous suffit. »
Le deuxième couplet ancre le chant dans une réalité géographique et politique précise : il nomme le Pays basque (Euskadi) et affirme que les Basques (Euskaldunak) comptent eux aussi parmi ceux dont les hommes sont derrière les barreaux. Cette dénonciation explicite évoque les décennies de répression vécues au Pays basque espagnol, notamment sous la dictature franquiste (1939-1975), période au cours de laquelle la langue basque fut interdite dans l’espace public et de nombreux militants culturels et politiques furent emprisonnés.
Ce type de chant engagé s’inscrit dans la tradition du mouvement kanta berria (« nouvelle chanson » en euskara), né dans les années 1960 en réponse à la répression culturelle franquiste. Comme la Nova Cançó catalane ou les chants de résistance bretons, il fit de la langue minoritaire elle-même un acte de résistance, transmettant une conscience sociale et nationale que la censure tentait d’étouffer.
L’image de l’oiseau — figure récurrente dans la poésie lyrique basque et la bertsolaritza (art de l’improvisation chantée) — porte ici un sens particulier : la nature continue son chant indifférente aux drames humains, mais le chant de l’homme doit être porteur de mémoire et de vigilance. En opposant l’innocence ailée à la conscience douloureuse du peuple, le texte appelle à une solidarité active face à l’injustice.