Une origine incertaine
Comme la plupart des comptines traditionnelles, « Une souris verte » est d’origine anonyme et ne peut être rattachée à un auteur connu. Sa datation reste débattue : plusieurs sources situent ses premières apparitions à la fin du XVIIᵉ ou au début du XVIIIᵉ siècle, tandis que d’autres ne retiennent qu’une première version imprimée à la fin du XIXᵉ siècle (vers 1879), le texte s’étant fixé bien plus tard. Certaines analyses la rattachent par ailleurs au folklore franco-suisse du XIXᵉ siècle.
Le chant s’est transmis par voie orale pendant plusieurs générations avant d’être imprimé, ce qui explique l’existence de nombreuses variantes régionales et l’ajout progressif de couplets au fil du temps. Cette transmission orale rend compte aussi des incohérences du texte — la couleur verte de la souris, sa transformation en escargot — vestiges probables de déformations successives dont le sens initial s’est perdu.
Au XXᵉ siècle, la diffusion par les grands recueils pour enfants (notamment chez Hachette et Nathan, dans les années 1950-1960) puis l’usage scolaire ont stabilisé une version de référence. La comptine figure aujourd’hui sur les listes de l’Éducation nationale (2013 et 2020) destinées au cycle 1.
Les interprétations du sens caché
Le caractère absurde des paroles a nourri plusieurs hypothèses sur une signification cachée. Aucune n’est démontrée ; elles relèvent de l’interprétation et non de l’origine établie.
La plus répandue rattache la comptine à la guerre de Vendée (1793-1796). La souris verte y représenterait un soldat ou un partisan vendéen capturé par les troupes républicaines : les actions de la chanson — « trempez-la dans l’huile, trempez-la dans l’eau » — évoqueraient une scène de torture. Cette lecture, souvent reprise, se heurte toutefois à un problème de chronologie : si la comptine est antérieure à la Révolution, elle ne peut en être issue, et l’association relèverait alors d’une réinterprétation tardive.
Une seconde hypothèse, défendue notamment pour sa cohérence avec le texte, y voit un héritage des grandes épidémies médiévales. La comptine aurait été, à l’origine, une mise en garde destinée à éloigner les enfants des rongeurs, vecteurs de maladie ; la version primitive aurait pu évoquer une souris morte gisant dans un jardin, « ces messieurs » désignant les médecins.
En l’état des connaissances, l’origine et le sens premier de « Une souris verte » demeurent indéterminés. Son histoire documentée est avant tout celle d’une comptine anonyme, longtemps orale, déclinée en de multiples variantes, puis fixée par l’imprimé et l’école.