Les formulettes d’élimination — comptines servant à désigner qui sera « le loup » ou « l’andouille » dans un jeu — appartiennent au plus ancien fonds des jeux d’enfants français. Elles fonctionnent sur l’arbitraire sonore : la rime, le rythme et l’accent décident à la place du chef de jeu, ce qui désamorce les disputes.
Pic Nic Douille se rattache à la famille des comptines à clausule (« Mais comme le roi ne le veut pas, tu ne le seras pas »), apparentée à Am Stram Gram, à Une poule sur un mur ou au refrain Plouf Plouf, ce sera toi qui t’en iras. Cette structure permet, à la dernière minute, de retourner le verdict pour épargner l’enfant désigné.
L’origine des paroles reste obscure. Plusieurs folkloristes du XIXe siècle (notamment Eugène Rolland dans ses Rimes et jeux de l’enfance, 1883) ont consigné des dizaines de variantes régionales — picarde, normande, vendéenne — qui suggèrent une diffusion orale très large, sans qu’aucun texte source unique n’ait jamais été identifié.
Aujourd’hui encore, la comptine reste vivante dans les cours de récréation, les colonies de vacances et les unités scoutes, où elle sert à tirer au sort le rôle ingrat dans un jeu collectif.