Appartenant au genre de la gwerz, la grande ballade narrative de la tradition orale bretonne, Jenovefa Rustefan suit la forme classique du récit en vers rimés avec reprises, typique du répertoire chanté en langue bretonne (brezhoneg). La gwerz est l’une des formes poétiques les plus anciennes de Bretagne, destinée à transmettre de village en village des récits moraux, tragiques ou amoureux.
Le chant s’ancre géographiquement dans le Finistère central et méridional : Kemper (Quimper), où Yannig est envoyé faire ses études ecclésiastiques, Le Faou (an Faou), dont les jeunes filles réputées les plus belles du pays ornent le pardon, et Pont-Aven, dont les pardons — ces grands pèlerinages festifs bretons — constituent la toile de fond du récit. Ces lieux réels donnent au chant une forte résonance locale et identitaire.
Le récit met en scène le conflit classique de la littérature bretonne entre vocation cléricale et désir amoureux. Yannig, destiné à l’ordination (urzhoù), rencontre Jenovefa — qui brode au fil d’argent un voile d’autel — et ne peut se résoudre à prononcer ses vœux. Ce thème du kloareg amoureux est récurrent dans le corpus des gwerzioù collectés en Cornouaille et en Léon dès le XIXe siècle, notamment dans la tradition de collectage qui s’est intensifiée après la publication du Barzaz Breiz de La Villemarqué (1839).
Sa langue, le breton de Cornouaille, et ses références aux coiffes et costumes brodés des filles du Faou en font un témoignage vivant de la culture populaire du Finistère. Comme beaucoup de gwerzioù de ce type, le chant a circulé sous forme orale avant d’être noté, transmis lors des veillées ou des pardons qu’il évoque lui-même.