Le titre et le personnage central de cette chanson sont directement empruntés au récit de la Genèse : Ésaü, fils d’Isaac et frère jumeau de Jacob, est décrit dans la Bible hébraïque comme un homme « roux et tout couvert de poils » (Genèse 25, 25). Cette caractéristique physique, restée proverbiale dans la culture populaire française, a nourri de longue date plaisanteries et chansons à texte.
Le texte transpose librement ce personnage dans un registre burlesque typique du répertoire des chansons de patronage, de scoutisme et de chansons à boire qui fleurissent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. L’humour repose sur une anachronie volontaire : Ésaü est projeté à « l’époque tertiaire », vit six cents ans, et engendre des enfants « poilus comme des gorilles », mêlant allégrement références bibliques, évolutionnisme de pacotille et grivoiserie légère.
Le terme « poilus » — surnom emblématique des soldats français de la Première Guerre mondiale — ancre vraisemblablement la popularité de la chanson dans les années 1914-1918 ou l’immédiat après-guerre, période où le répertoire festif circulait abondamment dans les cantonnements, les patronages et les mouvements de jeunesse.
La chute du dernier couplet, opposant le monde hirsute d’antan au triomphe du « rasoir mécanique » et même « électrique », précise la chronologie : le rasoir de sûreté Gillette se répand en France après 1910, le rasoir électrique fait son apparition dans les années 1930. Ce contraste entre passé velu et présent glabre constitue le ressort comique central de la chanson, encore chantée de nos jours dans les veillées scoutes et les chorales populaires.