Classification et collecte
« Dame Lombarde » est répertoriée dans le Catalogue de la chanson folklorique française de Conrad Laforte (II, A-09) et dans le catalogue de Patrice Coirault sous le titre « Le breuvage empoisonné » (n° 09911). Elle appartient aux chansons strophiques à caractère épique et tragique, dont les dates exactes de composition ne peuvent être déterminées. La version française a notamment été collectée dans le Cantal, à Mauriac, et rapportée par Eugène Rolland dans ses Recueils de chansons populaires ; son origine est décrite comme piémontaise.
Une filiation italienne
La ballade française est la forme locale de la chanson italienne « Donna lombarda », considérée comme la plus ancienne du répertoire italien et particulièrement répandue dans le nord de la péninsule. Les deux partagent le même récit, et le titre « Lombarde » porte la trace de cette filiation.
L’hypothèse de Rosemonde
Selon l’hypothèse avancée par le folkloriste italien Costantino Nigra (Canti popolari del Piemonte, 1888) — déjà évoquée en 1862 dans la Revue des Deux Mondes —, le texte pourrait remonter au VIᵉ siècle et renvoyer à la reine des Lombards Rosemonde. La légende de cette dernière, qui aurait empoisonné son époux à l’instigation de son amant avant d’être elle-même forcée d’absorber le poison (vers 573), offre un parallèle direct avec le récit du chant. Cette filiation reste toutefois une hypothèse savante, et non une origine établie.
Le récit et ses motifs
L’intrigue est stable d’une version à l’autre : une femme, incitée par son amant, se rend au bois pour y trouver un « serpent verde » dont elle distille le venin dans le vin destiné à son mari, qu’une grande soif saisira au retour de la chasse. Le motif central est celui de l’enfant au berceau qui, n’ayant jamais parlé, prend la parole pour avertir son père. Le mari contraint alors l’empoisonneuse à boire elle-même le breuvage, et elle en meurt. Cette intervention de l’enfant qui parle est caractéristique de la complainte et se retrouve dans la plupart des versions.
Variantes et transmission
Transmise oralement, la complainte connaît de nombreuses variantes, en France comme en Italie. Certaines versions françaises locales neutralisent le dénouement — l’empoisonneuse renonce à son projet —, fait inhabituel dans les chansons de tradition orale et probablement lié à une déformation régionale. À l’époque contemporaine, le chant a été remis en lumière par le renouveau folk, notamment par le groupe Malicorne (années 1970) et par Pierre Bensusan (1975).
En définitive, la date de composition de « Dame Lombarde » demeure indéterminée, et son rattachement à la légende lombarde relève de l’hypothèse. Son histoire documentée est celle d’une ballade tragique d’origine italienne, diffusée et adaptée dans l’aire française, puis transmise oralement avant d’être fixée par les collecteurs du XIXᵉ siècle et reprise par les interprètes du XXᵉ.