« Am stram gram » appartient à la famille des comptines d’élimination, ces formulettes rythmées récitées pour désigner celui qui « sera le loup » dans un jeu. Son origine exacte reste inconnue : aucun auteur n’a jamais été identifié, et la transmission orale rend toute datation précise difficile. Les folkloristes français en attestent néanmoins la présence dans le répertoire populaire au moins dès la seconde moitié du XIXe siècle.
Les mots qui la composent — « am stram gram », « pic et pic et colégram », « bour et bour et ratatam » — sont dépourvus de sens en français. Plusieurs hypothèses ont été avancées : certains chercheurs y voient des déformations de formules latines médiévales, d’autres des influences de langues régionales. Aucune piste n’a été définitivement établie, et les spécialistes s’accordent à voir dans ce charabia mémorisé une sélection par la qualité rythmique plutôt que par le sens.
La structure syllabique de la comptine — répétitions, rythme binaire, chute finale sur « Pic Dame ! » — la rend particulièrement efficace pour le comptage. Chaque syllabe correspond à un pointage successif, et la dernière désigne sans appel le joueur éliminé ou retenu pour commencer. Ce mécanisme simple et universellement compris explique en grande partie sa remarquable longévité dans les cours de récréation françaises.
Aujourd’hui, « Am stram gram » déborde largement la cour d’école : l’expression est entrée dans la langue courante pour désigner toute décision prise au hasard ou de manière arbitraire. Elle a inspiré des titres dans la chanson jeunesse, le cinéma et la littérature enfantine, confirmant son statut de référence culturelle partagée par plusieurs générations de Français.