D’auteur anonyme, « Adèle » appartient au large corpus des chansons de marins françaises, qui mêlaient récits de guerre, amours contrariées et retours au pays. Le schéma narratif — le matelot rentrant de campagne pour découvrir que sa bien-aimée est morte — est l’un des motifs les plus répandus dans la chanson populaire de tradition orale.
La structure du chant illustre le modèle classique de la chanson strophique à reprises : chaque couplet est chanté deux fois, avec une variation dans le dernier vers. Le « pan pan ! » qui ponctue le refrain évoque un coup frappé à la porte des parents d’Adèle, ancrant le récit dans un quotidien familier et lui conférant un caractère presque théâtral.
La force dramatique de ce chant tient à son dénouement : Adèle, défunte, répond malgré tout à son amoureux — « la bouche pleine de terre, mais le cœur plein d’amour ». Ce motif de la voix d’outre-tombe est attesté dans plusieurs ballades de tradition populaire francophone et nord-européenne, ce qui témoigne de l’ancienneté probable de ce répertoire.
Transmis par voie orale, le chant a été adopté par les mouvements scouts et les cercles maritimes, qui en ont fait un classique des veillées. Sa structure simple à reprises et son refrain mémorable expliquent sa longévité dans le répertoire chanté collectif français.