« Oi ama Eskual Herri » est rédigé en dialecte souletin (xiberotar), propre à la province de Soule (Zuberoa en basque), la plus orientale des terres du Pays basque français. Le titre signifie littéralement « Oh, cher Pays basque » et le refrain, en mentionnant explicitement « Xiberua » (la Soule) et « etx’ondua » (la maison), ancre le chant dans cette province avec précision. Par son registre et son vocabulaire, il s’inscrit vraisemblablement dans la tradition vocale des XIXe et début XXe siècles.
Les paroles relatent la situation d’un homme contraint de quitter son foyer pour Paris — « Pariserat banuazü » — afin de subvenir à ses besoins, tandis que son frère reste au pays pour se marier. Ce scénario reflète une réalité sociale bien documentée : dès le milieu du XIXe siècle, de nombreux Soletins émigraient vers la capitale française, s’y engageant notamment dans la restauration et les métiers de bouche. L’émigration économique constitue l’un des thèmes les plus récurrents de la poésie chantée soletine.
Sur le plan linguistique, le dialecte souletin se distingue des autres variétés basques par des traits phonologiques caractéristiques, au premier rang desquels la voyelle « ü » — visible dans « banuazü », « trixterik », « nezazü » — et des formes verbales spécifiques au xiberotar. Ces particularités confèrent au chant une couleur sonore immédiatement reconnaissable, précieuse pour la dialectologie basque.
Porté par une mélodie sobre et un refrain aisément mémorisable, ce chant d’exil appartient au corpus des kantu tradizionalak soletins, qui constituent aujourd’hui un pan important du patrimoine vocal du Pays basque français. Ce répertoire a été partiellement documenté par les collectages ethnomusicologiques menés au cours du XXe siècle auprès des communautés soletines.