Paroles de

Le roi des chasseurs

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Le roi des chasseurs

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Roi des chasseurs, roi des chasseurs,
J’enfonce tous mes prédécesseurs,
Roi des chasseurs, roi des chasseurs,
J’enfoncerai jusqu’aux successeurs

Je vise si juste qu’en l’air,
Je tire à balle et comme l’éclair.
Une autre balle tirée à l’instant,
 Pousse la première au firmament.

Mon couteau de chasse, très grand,
De daims, de biches, éventra tant,
Qu’usé, chétif au point le plus chétif,
Ma foi, j’en ai fait faire un canif.

J’eus un fusil qui repoussait,
Si fort qu’un jour, il me renversait,
Sur un lapin, cent pas derrière moi,
Et que du coup, j’aplatis ma foi.

J’eus le plus grand des lévriers,
Mais à courir, il s’usa les pieds,
Tant et si bien que, depuis, j’en ai fait,
Un superbe et très beau basset.

Comme lui, l’on rapportait peu,
Je lui montrai un tison en feu,
Levant la patte, bientôt le mâtin,
Me rapporta le tison éteint.

Ce chien, un jour, je le perdis,
Tenant en arrêt une perdrix.
Un an après, je les retrouve enfin,
Face à face encore, mais morts de faim.

Si le gibier que j’abattis,
Aux vallons des Alpes était mis,
Comblés par lui, de plain-pied on viendrait,
De Piémont en France, d’un seul trait. 

À propos

« Le roi des chasseurs » est une chanson comique anonyme du répertoire populaire français, bâtie autour du personnage du chasseur hâbleur et de ses exploits impossibles. Elle s’inscrit dans la tradition des chansons de gasconnade, genre où l’exagération systématique et le sérieux imperturbable du narrateur tiennent lieu de ressort comique.

Histoire

La chanson de vantardise, ou gasconnade, est l’un des genres les plus constants de la chanson populaire française. Le chasseur fanfaron en est l’une des figures les plus récurrentes : il accumule les exploits impossibles avec une logique parfaitement absurde, sans jamais perdre sa superbe. « Le roi des chasseurs » s’inscrit pleinement dans cette tradition, dont les racines remontent au moins au XVIIIe siècle et qui connaît son apogée dans les répertoires de société du XIXe siècle.

L’originalité de la chanson réside dans la cohérence de sa mécanique comique. Chaque vantardise obéit à un principe de dégradation progressive : le grand lévrier qui court tant qu’il s’use les pieds jusqu’à devenir basset, le couteau de chasse si souvent employé qu’il finit réduit à un canif, le fusil dont le recul projette le chasseur cent pas en arrière sur un lapin. L’absurde y est traité avec la rigueur d’une démonstration, ce qui rapproche ce texte des récits de hâblerie de la tradition orale européenne.

Comme la plupart des chansons de ce genre, « Le roi des chasseurs » est d’auteur anonyme — signe probable d’une composition née dans les milieux populaires, tavernes ou théâtres de foire, avant d’être fixée dans les recueils de chansons pour sociétés qui circulaient abondamment au XIXe siècle. Ce type de pièce s’y retrouvait souvent sans attribution, transmis de bouche à oreille autant que par l’imprimé.

Le dernier couplet porte l’hyperbole à son paroxysme : le gibier abattu par le chasseur serait assez abondant pour combler les vallons des Alpes et permettre de rejoindre le Piémont à pied depuis la France. Cette conclusion en grande échelle est elle-même un procédé classique de la gasconnade, qui se clôt toujours par un exploit définitivement inégalable — laissant au public le soin de mesurer l’étendue du mensonge.

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Schneider-Gastmahl

Trouvable dans « Das Volkslied im Elsass », Joseph Lefftz, vol. 2, page 258.

Collecté à Limersheim en 1911.

Collecte réalisée à nouveau par Daniel Muringer pour OLCA (Office pour la langue et les cultures d’Alsace), site Sàmmle

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