Le Noël des Fleurs appartient au genre des noëls allégoriques, très répandu dans la tradition catholique française à partir du XVIIe siècle et florissant aux XVIIIe et XIXe siècles. Dans cette forme, chaque couplet confie à une fleur — ou à un personnage, un élément de la nature — le soin d’apporter un hommage symbolique à l’Enfant Jésus, offrant ainsi une instruction spirituelle sous une forme mémorisable et poétique.
Chacune des trois fleurs correspond à un symbolisme chrétien classique, hérité de la tradition patristique et médiévale. La violette, qui se cache discrètement sous ses feuilles, représente l’humilité, vertu secrète mais fondamentale dans la spiritualité évangélique — la strophe elle-même l’explicite : « Dans sa propriété / On voit l’humilité, cette vertu secrète ». Le lys blanc incarne la pureté et la candeur, attributs associés à la Vierge Marie et à l’innocence divine dans des siècles d’iconographie catholique. La rose, enfin, symbolise l’amour et la charité, dont le chant proclame qu’elle « a le dessus » sur toutes les autres vertus, écho direct de la première Épître aux Corinthiens.
Cette progression ternaire — humilité, pureté, charité — forme une synthèse des vertus chrétiennes accessible à tous les publics, des enfants aux adultes. Le procédé rhétorique du rondeau, où le nom de la fleur ouvre et clôt chaque strophe, ancrait le texte dans la mémoire des fidèles et facilitait son usage dans les célébrations paroissiales de l’Avent et de Noël.
Transmis essentiellement par voie orale et à travers les recueils de cantiques diocésains du XIXe siècle, ce Noël sans auteur identifié reflète le vaste corpus de poésie dévotionnelle anonyme qui a nourri la piété populaire en France, bien avant que l’édition religieuse ne fixe par écrit ces chants de tradition vivante.