Paroles de

Enyorença (Nostalgie)

Paroles de

Enyorença (Nostalgie)

Écouter sur :

1 – Lluny en terra es tranya

D’enyorança entincel mal

Es el teucrit terra ai mada
Crit d’amor que llença el cor

Es la patria que
en yoro sento visci ploro

Visci ploro catalunya
 Yo noet puc oblidar

Qui pogues per sempre

El enteu si descansar

2 – Poble on va néixer

Plaça, riu, carrer estimat

La font vella i el molí

Sembla ahir yo us va deixar.

3 – Veig la teva imatge

Amb aquell mirar tan dolç

Mentres algres jugarem

Pels camis de terra i pols

4-  Quant la mort em
cridi

Dolçament al seu costat,

El meu últim pensament

Seràs tu, per tu serà…

TRADUCTION :

1 – Loin, en terre étrangère

Je souffre de nostalgie,

C’est ton cri, terre aimée

Cri d’amour que le cœur lance.

C’est la patrie dont j’ai la nostalgie,

Que je regrette, que je vis, que je pleure,

Pour toi je pleure, oh Catalogne.

Je ne puis t’oublier,

Qui pourrait, en ton cœur, reposer !

2 – Village où je suis né

Place, rivière, rue aimée

La vieille fontaine et le moulin

Là-même où je les ai laissés.

3 – Je vois ton image

Avec ce regard si doux

Lorsque nous jouions, heureux

Sur les chemins de terre et de poussière.

4 – Quand doucement, la mort,

A ses côtés m’appellera,

Ma dernière pensée sera pour toi,

Sera pour toi.

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À propos

Enyorença (Nostalgie) est un chant populaire de tradition catalane qui exprime la douleur de l’exil et le sentiment d'enyorança — terme catalan désignant une nostalgie profonde de la patrie, proche du portugais saudade. Ce texte anonyme appartient au répertoire des chants d’émigrants catalans, tradition vivace aux XIXe et XXe siècles parmi les communautés catalanes éloignées de leur terre.

Histoire

Le terme enyorança occupe en catalan une place comparable à celle du saudade portugais : il désigne un sentiment de manque douloureux, mêlant mélancolie et attachement viscéral à ce qui est perdu. Dans la tradition des chansons populaires catalanes, les cançons d’emigrant — chants d’exilés ou d’émigrés — forment un genre à part entière, forgé au fil des grandes vagues de départs vers les Amériques et des passages forcés en terre étrangère. Enyorença, transmise sans nom d’auteur, s’inscrit pleinement dans ce courant.

La diaspora catalane, particulièrement active à Cuba et en Argentine dès la seconde moitié du XIXe siècle, a nourri un riche corpus de chants de l’exil. Ces communautés maintenaient leur langue et leur identité collective à travers la pratique du chant. Les exilés politiques du XXe siècle — notamment après 1939, lors de la Retirada qui dispersa des centaines de milliers de Catalans en France, au Mexique et en Argentine — ont à leur tour perpétué ces répertoires, donnant à des textes anonymes comme Enyorença une longévité remarquable.

Les quatre strophes du chant tracent un parcours intérieur cohérent : d’abord l’évocation de la souffrance en terre étrangère et du cri identitaire vers la Catalogne, puis le retour mémoriel au village natal — sa place, sa rivière, sa fontaine et son moulin —, ensuite la vision douce du pays d’enfance, et enfin l’acceptation de la mort avec Catalogne pour ultime pensée. Cette structure en crescendo émotionnel est caractéristique des chants d’exil populaires, où le sentiment collectif se concentre dans une image finale d’une grande densité.

Aujourd’hui, Enyorença continue d’être interprétée dans les cercles culturels catalans de la diaspora, témoignant de la permanence de cet attachement à la terre et à la langue.

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