La version ci-dessous contient 51 couplets trouvés par Bruno M. sur son site. La version plus « classique » est ici.
1 – Messieurs vous plait-il d’ouïr,
L’air du fameux La Palisse?
Il pourra vous réjouir,
Pourvu qu’il vous divertisse!
2 – La Palisse eut peu de bien,
Pour soutenir sa naissance
Mais il ne manqua de rien
Tant qu’il fut dans l’abondance.
3 – Bien instruit dès le berceau
Jamais, tant il fut honnête,
Il ne mettait son chapeau
Qu’il ne se couvrit la tête.
4 – Il était affable et doux
De l’humeur de feu son père
Et n’entrait guère en courroux
Si ce n’est dans la colère.
5 – Il buvait tous les matins
Un doigt tiré de la tonne,
Il mangeait chez ses voisins
Et s’y trouvait en personne.
6 – Il voulait dans ses repas
Des mets exquis et fort tendres,
Et faisait son Mardi Gras
Toujours la veille des Cendres.
7 – Ses valets étaient soigneux
De le servir d’andouillettes,
Et n’oubliaient pas les œufs
Surtout dans les omelettes.
8 – De l’inventeur du raisin
Il révérait la mémoire
Et pour bien goûter le vin
Jugeait qu’il fallait en boire.
9 – Il disait que le nouveau
Avait pour lui plus d’amorce
Et moins il y mettait d’eau
Plus il y trouvait de force.
10 – Il consultait rarement
Hippocrate et sa doctrine
Et se purgeait seulement
Lorsqu’il prenait Médecine.
11 – Il épousa, ce dit-on
Une vertueuse dame
S’il avait vécu garçon
Il n’aurait pas eu de femme.
12 – Il en fut toujours chéri
Elle n’était point jalouse
Sitôt qu’il fut son mari
Elle devint son épouse.
13 – D’un air galant et badin
Il courtisait sa Caliste
Sans jamais être chagrin
Qu’au moment qu’il était triste.
14 – Il passa près de huit ans
Avec elle fort à l’aise
Il eut jusqu’à huit enfants
C’était la moitié de seize.
15 – On dit que dans ses amours
Il fut caressé de belles
Qui le suivirent toujours
Tant qu’il marcha devant elles.
16 – Il brillait comme un soleil
Sa chevelure était blonde
Il n’eut pas eu son pareil
S’il eut été seul au monde.
17 – Il eut des talents divers
Même on assure une chose
Quand il écrivait des vers
Qu’il n’écrivait pas en prose.
18 – En matière de rébus
Il n’avait pas son semblable
S’il eut fait des impromptus
Il en eut été capable!
19 – Au piquet, par tout pays
Il jouait suivant la pente
Et comptait quatre-vingt dix
Lorsqu’il faisait nonante.
20 – Il savait les autres jeux
Qu’on joue à l’académie
Et n’était pas malheureux
Tant qu’il gagnait la partie.
21 – On s’étonne sans raison
D’une chose très commune
C’est qu’il vendit sa maison
Il fallait qu’il en eût une.
22 – Il choisissait prudemment
De deux choses la meilleure,
Et répétait fréquemment
Ce qu’il disait tout à l’heure.
23 – Il fut à la vérité
Un danseur assez vulgaire
Mais il n’eût pas mal chanté
S’il avait voulu se taire.
24 – Il eut la goutte à Paris
Longtemps cloué sur sa couche
En y jetant de hauts cris
Il ouvrait bien fort la bouche.
25 – On raconte que jamais
Il ne pouvait se résoudre
A charger ses pistolets
Quand il n’avait pas de poudre.
26 – On ne le vit jamais las
Ni sujet à la paresse
Tandis qu’il ne dormait pas
On tient qu’il veillait sans cesse.
27 – Il avait un triolet
Bien mieux que sa patenôtre
Quand il chantait un couplet
Il n’en chantait pas un autre.
28 – Il expliquait doctement
La physique et la morale.
Il soutint qu’une jument
Est toujours une cavale.
29 – Par un discours sérieux
Il prouva que la berlue
Et les autres maux des yeux
Sont contraires à la vue.
30 – Chacun alors applaudit
A sa science inouïe
Tout homme qui l’entendit
N’avait pas perdu l’ouïe.
31 – Il prétendit en un mois
Lire toute l’écriture
Et l’aurait lue une fois
S’il en eut fait la lecture
32 – Par son esprit et son air
Il s’acquit le don de plaire
Le roi l’eut fait Duc et Pair
S’il avait voulu le faire.
33 – Mieux que tout autre à la cour
Il savait jouer son rôle
Et jamais lorsqu’il buvait
Ne disait une parole.
34 – Lorsqu’en sa maison des champs
Il vivait libre et tranquille
On aurait perdu son temps
De le chercher à la ville.
35 – Il voyageait volontiers
Courant par tout le royaume
Quand il était à Poitiers
Il n’était pas à Vendôme.
36 – Il se plaisait en bateau
Et soit en paix soit en guerre
Il allait toujours par eau
Quand il n’allait pas par terre.
37 – C’était un homme de cœur
Insatiable de gloire
Lorsqu’il était le vainqueur
Il remportait la victoire.
38 – Les places qu’il attaquait
A peine osaient se défendre
Et jamais il ne manquait
Celle qu’on lui voyait prendre.
39 – Un devin, pour deux testons
Lui dit d’une voix hardie
Qu’il mourrait au delà des monts
S’il mourait en Lombardie.
40 – Il y mourut ce héros
Personne aujourd’hui n’en doute
Sitôt qu’il eut les yeux clos
Aussitôt il ne vit goutte.
41 – Un beau jour s’étant fourré
Dans un profond marécage
Il y serait demeuré
S’il n’eut pas trouvé passage.
42 – Il fuyait assez l’excès
Mais dans les cas d’importance
Quand il se mettait en frais
Il se mettait en dépense.
43 – Un jour il fut assigné
Devant un juge ordinaire
S’il eut été condamné
Il eut perdu son affaire.
44 – Dans un superbe tournoi
Prêt à fournir sa carrière
Il parut devant le Roi
Il n’était donc pas derrière.
45 – Monté sur un cheval noir
Les dames le reconnurent
Et c’est là qu’il se fit voir
A tout ceux qui l’aperçurent.
46 – Mais bien qu’il fut vigoureux
Bien qu’il fut le diable à quatre
Il ne renversa que ceux
Qu’il eut l’adresse d’abattre.
47 – Monsieur de la Palisse est mort
Est mort devant Pavie
Un quart d’heure avant sa mort
Il était encore en vie.
48 – Il fut par un triste sort
Blessé d’une main cruelle
On croit puisqu’il en est mort
Que la plaie était mortelle.
49 – Regretté des ses soldats
Il mourut digne d’envie
Et le jour de son trépas
Fut le dernier de sa vie.
50 – Il mourut le vendredi
Le dernier jour de son âge
S’il fut mort le samedi
Il eut vécu davantage.
51 – J’ai lu dans de vieux écrits
Qui contient son histoire
Qu’il irait en paradis
S’il était en purgatoire.











