Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouërie (Fougères, 1751 – château de La Guyomarais, Saint-Denoual, 1793).
Officier breton, il s’illustre d’abord dans la guerre d’indépendance américaine sous le nom de « Colonel Armand » : il y commande une légion de dragons, participe au siège de Yorktown (1781) et revient en France avec le grade de brigadier-général, la croix de Saint-Louis et l’amitié de George Washington.
De retour en Bretagne, il défend les prérogatives du parlement de Bretagne contre les édits royaux, ce qui lui vaut d’être enfermé à la Bastille en 1788. Hostile à l’absolutisme, il accueille d’abord favorablement la Révolution, avant de rallier la contre-révolution après la suppression des lois et coutumes particulières de la province. Il fonde alors l’Association bretonne, réseau royaliste destiné à lever une armée contre la République. Trahi, il meurt en 1793 avant l’aboutissement de son entreprise ; l’organisation qu’il avait constituée est généralement tenue pour l’un des précurseurs de la Chouannerie. Les circonstances exactes de sa mort font l’objet de débats : la plupart des sources retiennent la maladie, tandis qu’une tradition non établie évoque un empoisonnement.
Le texte de Mael Granig relit cette trajectoire dans un registre identitaire breton contemporain : il mobilise les symboles de la province (l’hermine, le rappel des traités d’union à la France) et inscrit La Rouërie dans une opposition entre la Bretagne et l’État. Cette lecture relève de l’interprétation propre au chant : historiquement, La Rouërie agissait au nom du roi et de la restauration des libertés provinciales sous la monarchie, et non d’un projet d’indépendance bretonne au sens moderne. L’allusion au « génocide » renvoie par ailleurs à une thèse historiographique discutée portant sur la répression révolutionnaire dans l’Ouest.