Entièrement anonyme et transmis de bouche à oreille, « On n’a pas de chanson » appartient à cette catégorie de chants populaires dont le sujet même est l’absence de paroles ou de mélodie digne de ce nom. Ce ressort comique fondé sur la mise en abyme — la chanson se moque d’elle-même — se retrouve dans plusieurs traditions de chants humoristiques de la culture populaire française.
En France, ce type de formulette chantée s’est diffusé principalement à travers les mouvements de jeunesse — scoutisme, colonies de vacances, patronages — au cours du XXe siècle. Le répertoire des camps s’est souvent enrichi de ces chants anonymes, faciles à retenir, ne nécessitant ni partition ni apprentissage préalable, et destinés à provoquer le rire collectif lors des veillées ou des temps libres.
La structure minimaliste du chant — un seul couplet circulaire qui peut se répéter indéfiniment — en fait un exemple caractéristique du chant-gag : plus on le chante pour prouver qu’on en a un, plus on confirme qu’on n’en a pas. Cette logique du paradoxe est au cœur de son efficacité comme brise-glace ou rituel d’appartenance au sein d’un groupe.
Aujourd’hui, « On n’a pas de chanson » reste bien vivant dans les répertoires scouts et les rassemblements festifs, témoin de la vitalité d’une tradition orale qui n’a pas besoin d’auteur identifié pour traverser les générations.