Sans auteur ni date de composition attestée, ce cantique s’inscrit dans le vaste corpus des hymnes eucharistiques anonymes qui circulaient dans les paroisses catholiques françaises, particulièrement entre le milieu du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle. Sa structure — couplets développant un thème théologique, refrain répété et mémorisable — est caractéristique du répertoire de dévotion populaire destiné à la participation active des fidèles.
La dévotion au Saint-Sacrement connut un renouveau remarquable en France au XIXe siècle, portée notamment par saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868), fondateur de la Congrégation du Saint-Sacrement, et par la multiplication des congrès eucharistiques — le premier congrès eucharistique international s’étant tenu à Lille en 1881. Les chants d’adoration répondaient à un besoin pastoral précis : permettre aux fidèles de prier en commun pendant l’exposition du Saint-Sacrement et la bénédiction.
Le thème central de l’humilité de Dieu dans l’Eucharistie est l’un des plus anciens de la spiritualité chrétienne. Saint François d’Assise y revenait dans ses Admonitions, et saint Thomas d’Aquin l’a mis en vers dans l’hymne Adoro te devote. Ce cantique français s’inscrit dans cette longue méditation sur le paradoxe du Tout-Puissant qui se donne sous un signe humble.
Anonymes et sans droits d’auteur identifiés, ces cantiques circulaient sous forme de feuilles volantes ou de livrets paroissiaux régulièrement réédités, ce qui rend aujourd’hui difficile la traçabilité de leur composition. Ils forment néanmoins un patrimoine vivant de la piété catholique populaire en France.