An Alarc’h, signifiant « Le cygne » en breton, se dévoile comme une pièce emblématique de la musique traditionnelle bretonne, originaire du Barzaz Breiz et revendiquée comme un chant à connotation patriotique. Sa renommée s’étend à travers les décennies, suscitant l’interprétation de chanteurs contemporains bretons tels qu’Alan Stivell, Gilles Servat, et Tri Yann.
Le débat entourant l’origine de cette chanson s’est intensifié avec la thèse controversée de Francis Gourvil, suggérant que le vicomte de La Villemarqué en serait le compositeur, théorie largement remise en question par les recherches de Donatien Laurent et la découverte de cahiers de collectage.
Selon Théodore Hersart de la Villemarqué, An Alarc’h narre le triomphant retour d’exil du duc Jean IV (an aotroù Yann), déterminé à reconquérir son duché après avoir été chassé par ses sujets six ans plus tôt.
La chanson évoque le contexte où, menacé d’une perte d’indépendance accrue sans le duc, les seigneurs bretons sollicitent son retour depuis son refuge en Angleterre. Le 3 août 1379, Jean IV débarque à Dinard pour rétablir son règne en Bretagne. Le personnage du « traître » à la fin de la chanson est attribué à Bertrand Du Guesclin, le chevalier breton et connétable de France, bien qu’il n’ait pas engagé le combat contre le retour du Duc.
An Alarc’h symbolise le cygne, observateur depuis le sommet de la tour du château d’Arvor, immortalisant cette page d’histoire à travers ses notes mélodiques et son héritage culturel.
Un cygne, un cygne d’outre-mer,
Au sommet de la vieille tour du château d’Armor !
Refrain :
Dinn, dinn, daon ! Au combat ! Au combat ! Oh !
Dinn, dinn, daon ! Je vais au combat
Heureuse nouvelle aux Bretons !
Et malédiction rouge aux Français !
Un navire est entré dans le golfe
Ses blanches voiles déployées
Le seigneur Jean est de retour
Il vient défendre son pays
Nous défendre contre les Français
Qui empiètent sur les Bretons
Un cri de joie part
Qui fait trembler le rivage
Les montagnes du Laz résonnent
La cavale blanche (la mer) hennit et bondit d’allégresse
Les cloches chantent joyeusement
Dans toutes les villes, à cent lieues à la ronde
L’été revient, le soleil brille
Le seigneur Jean est de retour !
Le seigneur Jean est un bon compagnon
Il a le pied vif comme l’œil
Il a sucé le lait d’une Bretonne
Un lait plus sain que du vin vieux
Sa lance, quand il la balance, jette de tels éclairs
Qu’elle éblouit tous les regards
Son épée, quand il la manie, porte de tels coups
Qu’il fend en deux homme et cheval
Frappe toujours ! Tiens bon ! Seigneur duc
Frappe dessus ! Courage ! Lave-les (dans leur sang) ! Lave-les !
Quand on hache comme tu haches
On n’a de suzerain que Dieu !
Tenons bon, Bretons ! Tenons bon !
Ni merci, ni trêve ! Sang pour sang !
O Notre-Dame de Bretagne ! Viens au secours de ton pays !
Nous fonderons un service, un service commémoratif !
Le foin est mûr : qui fauchera ?
Le blé est mûr : qui moissonnera ?
Le foin, le blé, qui les emportera ?
Le roi prétend que ce sera lui
Il va venir faucher en Bretagne
Avec une faux d’argent
Il va venir faucher nos prairies avec une faux d’argent
Et moissonner nos champs avec une faucille d’or
Voudraient-ils savoir, ces Français
Si les Bretons sont des manchots ?
Voudrait-il apprendre, le seigneur roi
S’il est homme ou Dieu ?
Les loups de la Basse-Bretagne grincent des dents
En entendant le ban de guerre
En entendant les cris joyeux, ils hurlent
À l’odeur de l’ennemi, ils hurlent de joie
On verra bientôt, dans les chemins
Le sang couler comme de l’eau
Si bien que deviendra rouge comme la braise le plumage des canards
Et des oies blanches qui les passeront à la nage
On verra plus de tronçons de lances éparpillés
Qu’il n’y a de rameaux sur la terre, après l’ouragan
Et plus de têtes de morts
Qu’il n’y en a dans les ossuaires du pays
Là où les Français tomberont, ils resteront couchés
Jusqu’au jour du jugement
Jusqu’au jour où ils seront jugés et châtiés
Avec le Traitre qui commande l’attaque
L’égout des arbres sera l’eau bénite
Qui arrosera son tombeau !